Chapitre 37 : Tu préfères ton œil ou le bonbon ?
Le lendemain après-midi, en cherchant quelque chose Chi Cheng retrouva les deux bonbons, n'aimant pas les sucreries, et n'en ayant pas mangé depuis longtemps, il avait négligemment jeté les bonbons que Wu Suowei lui avait offerts dans un tiroir. Maintenant qu'ils étaient de nouveau sous ses yeux, il contempla un moment le grand lapin blanc sur l'emballage, puis pour la toute première fois depuis longtemps il en ouvrit un.
En entrant, Fang Xin vit Chi Cheng mettre un bonbon dans sa bouche.
"Hein ? Tu n'avais pas dit que tu n'en mangeais pas ?" Demanda Fang Xin surpris.
Le regard de Chi Cheng resta impassible, "Qui a dit que je n'en mangeais pas ?"
"L'autre jour Er Guazi s'est mariée, elle a distribué plein de bonbons au travail, et tu n'en as pas pris un seul. Je t'ai posé la question, et tu as dit que tu n'en mangeais pas."
"C'était il y a deux jours." Dit Chi Cheng.
Fang Xin resta sans voix, il fixa avec envie le dernier bonbon, "Ça fait des années que je n'ai pas mangé de White Rabbit, je me demande s'ils ont toujours le même goût…"
"Oui."
La réponse sèche de Chi Cheng, anéantit les espoirs de Fang Xin de demander subtilement un bonbon.
Fang Xin ne se laissa pas décourager, et déclara avec un sourire : "Donne-m'en un mon pote."
"Il n'y en a plus."
Les paroles de Chi Cheng étaient claires, la plupart des gens auraient compris, mais Fang Xin était quelqu’un de sérieux, il pointa le bonbon du doigt et protesta avec véhémence, "Tu mens n’est-ce pas ? Il était juste sous mon nez, comment peut-il ne plus y en avoir ?"
Chi Cheng leva les yeux vers Fang Xin, "Tu préfères ton œil ou le bonbon ?"
Fang Xin resta figé trois secondes, puis disparut aussitôt.
……
Les semaines suivantes, Wu Suowei continua de venir jouer ici, que Chi Cheng soit de service le matin ou le soir, qu'il fasse beau ou qu'il pleuve, Wu Suowei était toujours ponctuel. Parfois il s'entraînait seul, parfois il réunissait quelques personnes pour jouer, quel que soit la position de Chi Cheng, Wu Suowei ne prenait jamais l'initiative de lui parler, tant qu'il ne lui adressait pas la parole en premier.
Lorsque Chi Cheng était de garde de nuit, ils se retrouvaient seuls tous les deux sur le terrain de basket, Wu Suowei continuait de glisser discrètement des en-cas dans ses poches, la plupart du temps, c'était du tofu séché, mais parfois il y glissait aussi quelques sachets de fèves, ou deux sachets de pattes de poulet marinées… Plus tard Chi Cheng n’était plus gêné, et n’attendait plus que Wu Suowei lui "donne" quoi que ce soit, il fouillait simplement dans son sac, et gardait ce qu'il trouvait.
Wu Suowei apportait aussi à xiao cubao différentes sortes de gibier.
Ils semblaient partager une entente tacite et subtile.
Aucun des deux ne demandait pourquoi l'un offrait ces choses, ni pourquoi l’autre les acceptait, c’était comme si donner en cachette était tout à fait naturel, et prendre dans le sac de l’autre était parfaitement justifié. Ils n'échangeaient aucun mot superflu, comme s’ils étaient venus ici uniquement pour jouer au ballon et manger.
Le temps était venteux, et sec ces derniers jours, et le visage de Chi Cheng était devenu sec, à force d'être de service toute la journée. Ce jour-là il fouilla dans le sac de Wu Suowei, et trouva un flacon de Dabao (1), encore dans sa boîte, avec une étiquette à 9,90 yuans.
"Pour moi ?" Demanda Chi Cheng délibérément.
Wu Suowei fit semblant de ne pas entendre, tout en faisant tournoyer habilement le ballon de basket entre ses mains.
Chi Cheng ramassa un caillou par terre, et le lança avec précision à l'oreille de Wu Suowei, sa voix rauque et grave retentit, "À partir de maintenant je t'appellerai Dabao."
"Pourquoi ?" Wu Suowei marqua une pause la main crispée sur le ballon de basket.
L’expression féroce de Chi Cheng s’effaça pour laisser place à un sourire, "Parce qu'on se voit tous les jours !"
Wu Suowei se remémora aussitôt le slogan publicitaire de Dabao, "Dabao demain, Dabao tous les jours !" Putain ! Il se moque de moi ? Il rétorqua aussitôt d’un ton irrité, "Ne crois pas que ces produits de soin haut de gamme importés soient si performants, en réalité rien ne vaut Dabao, c'est bon marché et efficace."
Chi Cheng resta silencieux, toujours souriant.
Wu Suowei s'approcha avec un air sombre, et tenta d'arracher la boîte des mains de Chi Cheng, "Rends-le-moi si tu n'en veux pas ! Je n'ai aucune envie de te le donner !"
Finalement, non seulement il ne parvint pas à s'emparer de la boîte, mais il se retrouva pris entre deux feux.
Chi Cheng attrapa Wu Suowei par le col, et le traîna brutalement devant lui, son regard rude et dur scruta le visage de Wu Suowei, et il murmura, "Je le veux."
"Si tu le veux prends-le, pourquoi me traînes-tu comme ça ?"… Wu Suowei tira sur son col, sentant une montagne peser sur lui, sous ce regard insistant. Un instant, il faillit craquer, et repousser Chi Cheng d'un coup de pied et partir, mais en pensant aux anciennes et nouvelles rancunes, il se retint.
Chi Cheng examina le corps de Wu Suowei, malgré son survêtement délavé, ses baskets usées, ses mains couvertes de terre, et son visage ruisselant de sueur… Chi Cheng le trouvait encore trop propre, si propre qu'il ne savait par où commencer.
Finalement, Chi Cheng attrapa la ceinture de Wu Suowei, et la tira brusquement vers le haut.
Ça me serre les couilles !
Les veines de Wu Suowei se gonflèrent sur son front, et il asséna un coup de poing en plein dans le visage de Chi Cheng.
Le sourire de Chi Cheng obscurcit la nuit infinie.
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Notes de la traductrice : 📓
(1) Dabao - "大宝 = dà bǎo." Marque de produits de soins de la peau très populaire en Chine.
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